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Détournement de méninges.
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    Correctionnelle : manipulations mentales chez la kinésithérapeute

Souvent, lors de la première séance, elle posait une main sur leur ventre. « Elle m’a dit que j’avais bien fait de venir la voir, sinon j’aurais développé un cancer de l’utérus. Je me suis confiée très rapidement », décrit l’une. « Elle m’a touché le ventre puis m’a dit des choses assez crues, raconte une autre. Que j’étais une menteuse, pourrie de l’intérieur. Que mon père avait sans doute abusé de moi. Que j’avais eu une relation incestueuse avec mon frère... »

A d’autres patientes, Marie-Catherine Phanekham, 44 ans, kinésithérapeute jugée depuis lundi à Paris pour « abus de faiblesse » sur six femmes, dont une mineure, entre 2002 et 2007, parle de valeurs comme « la gratitude, la sincérité, le respect ». L’une se voit soumise à une sorte de test de compatibilité. L’autre s’entend garantir : « Je suis la seule à pouvoir vous sauver... ». Convaincue, elle amènera son mari et ses enfants à consulter aussi.

A la barre de la 13e chambre, Isabelle, Katy, Patricia ou Laurence, parties civiles, parlent désormais de « lavage de cerveau » et d’« emprise ». Un mécanisme si puissant qu’il a conduit ces trentenaires, souvent brillantes socialement mais alors fragiles, à s’isoler de leurs amis et à rompre avec leurs familles au prix d’accusations absurdes de désamour, de maltraitances et d’abus sexuels. « Une technique de manipulation mentale qui consiste à induire des traumatismes chez les patients pour les placer en situation de dépendance physique, psychique et financière », a décrypté hier Claude Delpech, de l’association Alerte faux souvenirs induits (AFSI). « Elle me disait : C’est l’enfant qui pleure en vous. A vous de le réparer », témoigne Isabelle, qui traversait, à 35 ans, une période de « perte de confiance » et en viendra, après trois ans de suivi, à accuser son père de l’avoir violée enfant.

Comme un soldat

« Il fallait pulvériser plusieurs personnes, notamment mes parents, dont j’ai fait le procès », relate Patricia, dont le foyer vole aussi en éclats. « J’étais comme un soldat qui exécute une consigne », résume-t-elle, encore meurtrie. Immobile, le visage ceint de longs cheveux noirs, Marie-Catherine Phanekham écoute ces récits accablants. Les 55 000 € que Katy assure lui avoir donnés ? Les bijoux ? Les meubles ? Le rituel de remerciement qui accompagnait les 100 € remis en espèces à la fin des séances ? « C’est faux. C’est bidon. Tout ce dont on m’accuse, je ne l’ai pas fait », répond-elle au président. Pourquoi cette peur que certaines disent encore éprouver ? interrogent les avocats des parties civiles. « Je ne sais pas. Moi aussi, j’essaie de comprendre. J’ai peut-être été trop proche et ça s’arrête là », balaye-t-elle. La procureur tente : pourquoi n’avoir pas conseillé à ces patientes supposées victimes d’inceste de porter plainte ou de voir un psychiatre ? La réponse claque, incongrue : « Parce que j’avais autre chose à faire. »

Le réquisitoire et la plaidoirie de la défense sont attendus aujourd’hui. Marie-Catherine Phanekham, contre qui les conseils national et départemental de l’ordre des kinésithérapeutes se sont constitués partie civile, encourt trois ans de prison.

« Un jour, elle a appelé... »

Les parents d’Isabelle, parties civiles

Dans la salle d’audience, des gens âgés se serrent sur les bancs. Parmi eux, les parents d’Isabelle, parties civiles à ses côtés. A la barre, ce couple que leur fille a accusé du pire raconte avec pudeur leur combat pour « récupérer » leur enfant, après quatre ans de rupture : « Un jour, en août 2006, elle a appelé... » dit le père, qui s’interrompt, en larmes. « Au début, a-t-il relaté, c’était : Vous ne m’avez pas aimée. Puis : J’ai été victime d’inceste... » Tôt, grâce à la rencontre des parents d’une autre patiente, cousine d’Isabelle, qui viennent de vivre la même chose, ils comprennent que leur fille est « manipulée ». Leurs recherches les conduisent à s’intéresser au phénomène des faux souvenirs induits et à se regrouper en association. « Cela nous a aidé à surmonter le traumatisme. » Danielle et son mari, parents de Florence, n’ont pas eu cette chance : leur fille, partie civile et qu’ils avaient l’espoir de revoir à l’audience après « treize ans », ne se considère pas comme victime et n’est pas venue au procès. A la barre, son père crie sa souffrance : « J’ai perdu ma fille. Je ne sais plus où elle est. »

source : PASCALE ÉGRÉ leparisien.fr

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