Rupture de mise sous sujétion

Le doute est initié par la contradiction

La croyance dans une doctrine à dérive sectaire semble parfois davantage mûe par l’irrationnel que par la raison. Certaines convictions défient tant le sens commun qu’elles dépassent toute faculté de comprendre. Cette dynamique des croyances sectaires défiant le sens commun sous-tend une logique particulière :

la logique des croyances. Les contradictions sont légion chez l’adepte convaincu, tout au long de son parcours. Lorsque l’une d’elles est perçue comme incompatible, ou niant les croyances ou les certitudes de l’adepte, un processus se met en place ; il conduit à un questionnement qui peut aboutir à la remise en cause des croyances. La contradiction va faire vaciller l’état de certitude de l’adepte, en introduisant l’idée que la vérité n’est plus exclusivement celle du mouvement dans lequel il est engagé. Il n’y a plus chez lui de certitude absolue.

Le parcours de l’adepte convaincu est jalonné de doutes, depuis son adhésion jusqu’à la rupture

Les mises interrogations et questionnements connaissent des variations d’intensité. L’effet de masse du mouvement sectaire, la pression des autres adeptes, les raisons de l’adhésion à un groupe sectaire et les types d’adeptes concernés sont autant de variables favorisant les fluctuations de la prise de conscience.

Pour provoquer la rupture de l’emprise mentale et de la croyance sectaire, il faut s’appuyer sur les valeurs et mettre en évidence l’opposition entre les croyances collectives que l’adepte a intériorisées ou intériorise peu à peu et ses propres valeurs individuelles.

Romy SAUVAIRE * dans « le processus d’abandon des croyances défiant le sens commun » souligne les contradictions les plus significatives qui peuvent avoir une influence majeure sur le système de croyances :

l’observation d’écarts entre les prescriptions et les obligations du gourou et des différents adeptes produit de fortes contradictions. L’élitisme, affiché le plus souvent, et le dogmatisme rendent encore plus inacceptables pour l’adepte convaincu l’utilisation du mensonge pour diffuser la soi-disante vérité absolue.

le dévoilement des intentions du mouvement : au-delà des valeurs louables affichées telles que l’amélioration du monde, l’altruisme, la paix, l’amour à distribuer, l’adepte, par différents biais, découvre peu à peu que le groupe est dangereux.

l’opposition inconciliable entre les valeurs intrinsèques de l’adepte et les prescriptions de la doctrine de l’organisation ; ainsi, lorsque l’adepte ne peut suivre les prescriptions du mouvement sans contrevenir à ses valeurs propres il prend conscience d’un antagonisme entre la doctrine et ses valeurs – l’attachement à la famille par exemple – et il considère le poids et l’importance de l’un et l’autre.

l’ingérence dans la vie privée sera la contradiction qui aura l’impact le plus fort. Lorsqu’il y a intervention et prescription des manières de penser et d’agir pour l’adepte et pour ses proches, la remise en question devient forte. Ces ingérences peuvent être de divers ordres par exemple de conduire le conjoint de l’adepte à rompre tout lien amoureux, ou retirer à l’adepte son rôle de parent ou de conjoint pour voir le mouvement s’y substituer. Cette forme de doute est un des moteurs les plus importants de la rupture d’adhésion.

 

Le déclic

Le premier doute se manifestera suite à un choc émotionnel découlant d’un résultat non prévu dans le contexte dans lequel l’adepte évolue. Ce sera la première contradiction ou le premier questionnement. Ce doute marquera ainsi une défaillance du mouvement qui était perçu jusqu’alors comme seul détenteur d’une vérité absolue.

 

Se méfier des ruptures brutales

Le processus de rupture peut être déclenché suite à un choc émotionnel important initié par un tiers ou par une exfiltration.
Lorsque la rupture d’appartenance à un groupe résulte d’une intervention familiale ou d’amis proches, ces exfiltrations plongent les adeptes dans une situation émotionnelle très inconfortable ; ils doivent choisir entre le lien familial et leur appartenance au mouvement sectaire.

L’intervention d’un tiers rompt le processus d’adhésion ; l’adepte quitte le mouvement ; ce départ sera suivi le plus souvent d’une dépression et plus tardivement d’une rupture des croyances dans le mouvement. L’exclusion d’un adepte par le mouvement aura les mêmes effets, car comme le dit Romy SAUVAIRE : « l’acquisition des croyances était un processus lent et graduel comme tout apprentissage ; une rupture brutale de ce processus semble avoir des effets non voulus importants ». Par ailleurs, il est fréquent qu’un adepte quitte un groupe sectaire pour entrer dans un autre.

Source : Romy SAUVAYRE : « Le processus d’abandon des croyances défiant le sens commun. » Doctorat sociologie Thèse dirigée par le professeur Gérald BRONNER soutenue le 17 novembre 2010.