La querelle flotte dans un recoin de l’air du temps new-yorkais. D’un côté, Theresa Caputo, une médium de la banlieue de New York qui affirme parler avec les morts et prétend le démontrer dans la sérieLong Island Medium sur la chaîne TLC. De l’autre, James Randi, un illusionniste retraité de 86 ans recyclé en redresseur de torts des charlatans du paranormal. Le duel a commencé en 2012 lorsque la fondation de James Randi décerna le prix de l’imposteur de l’année à Theresa Caputo, qui s’en serait sans doute bien passé. Bien que nuisible à la réputation de la médium, cette distinction n’entama en rien sa popularité, mesurable au succès de sa série, qui en est à sa sixième saison, ainsi qu’au nombre impressionnant de parodies qui lui ont été consacrées depuis lors, dont celle hilarante de l’animatrice de télévision Kelly Ripa.

Et vu le personnage de Theresa Caputo, cela n’a rien d’étonnant. En effet, avec son casque de cheveux platine, ses faux ongles de star porno, ses robes moulantes et les talons compensés sur lesquels elle clopine, cette bonne vivante d’une cinquantaine d’années est à la fois tape-à-l’oeil, grande gueule, familière et sympathique. Quant à sa famille, elle est pittoresque à souhait, avec son mari, un faux dur tatoué qui écrase une larme à la moindre occasion, et ses deux enfants adolescents tour à tour attendris et énervés par leur mère abusive.

Je parle aux morts, c’est ma vie
Mais le succès de la série repose sur le talent dont Theresa Caputo se targue au début de chaque épisode. « Je suis une simple mère de famille, mais j’ai un don particulier : je parle aux morts, c’est devenu mon métier, mais c’est surtout ma vie. » En effet, on la suit dans ses consultations privées et publiques, mais aussi lorsqu’elle vaque à ses occupations dans cette banlieue cossue digne de la série Desperate Housewives et qu’elle aborde les gens n’importe où, au pressing, au restaurant, dans son club de sport ou chez le dentiste, pour leur transmettre des messages de leurs chers disparus, qui les font immanquablement passer de la stupeur à l’incrédulité, avant de provoquer leur conversion, autrement dit la conviction soudaine que Theresa communique bel et bien avec leurs défunts – ce qui a inéluctablement pour effet de leur tirer autant de larmes que de reconnaissance.

Aussi James Randi a-t-il bien du mal à faire le poids. Il faut dire qu’il est d’apparence nettement plus austère, avec sa longue barbe blanche de professeur Tournesol et sa colère de vieux routier de l’illusion condamnant ce qu’il qualifie d’escroquerie émotionnelle et financière. Il a pourtant plus d’un tour dans son sac. À commencer par son savoir-faire de magicien qu’il utilise de façon spectaculaire en imitant les guérisseurs du Brésil ou des Philippines et en « opérant » à mains nues un cobaye, dont il extrait de l’estomac des boyaux ensanglantés. Et il n’a pas peur de s’en prendre aux plus grands. Comme lorsqu’il s’est attaqué à Uri Geller en révélant ses trucs pour tordre les cuillères ou qu’il a mis fin à la carrière de l’abominable évangéliste Peter Popoff, qui gagnait 4 millions par an dans les années quatre-vingt en prétendant guérir ses fidèles grâce à ses pouvoirs divins. Pouvoirs qui consistaient en une oreillette dans laquelle sa femme lui transmettait les renseignements glanés auprès des spectateurs eux-mêmes avant les séances.

Un million de dollars à celui qui prouve l’existence d’un phénomène paranormal
À ses yeux, Theresa Caputo utilise plusieurs techniques bien connues. La lecture à froid, qui consiste à obtenir des informations de ses clients par leur comportement, leurs vêtements, tout en leur posant plein de questions jusqu’à ce que quelque chose fasse écho à leur vie. La lecture tiède, qui se résume à faire des observations générales qui concernent la plupart des gens. Et la lecture à chaud, où l’imposteur triche sur le moment où il obtient ses renseignements. Ainsi, lorsqu’il demande « Est-ce que votre père fumait ? » et que le client répond par l’affirmative, il va enchaîner « parce que je vois votre père fumer » pour établir l’illusion qu’il a eu cette information de l’au-delà, alors que c’est le client qui l’a renseigné en répondant à sa question.

Bref, pour James Randi, la série Long Island Medium ne vaut que par son montage qui élimine soigneusement les manoeuvres et les ratés de sa « médium ». Autant dire qu’il n’a pas dit son dernier mot. De fait, sa fondation a offert un million de dollars à Theresa Caputo si elle se soumettait à des tests pour lui prouver l’authenticité de son talent. Un défi qu’il lance depuis 1997 à toute personne qui pourrait lui prouver l’existence d’un phénomène paranormal. Défi que la « Long Island Medium » n’a pas jugé bon de relever, arguant du fait qu’elle respectait et comprenait les sceptiques, mais qu’elle cherchait d’autant moins à leur prouver quoi que ce soit qu’elle savait qu’elle aidait ses clients et que c’était tout ce qui comptait pour elle. Tiens donc !

source : Le Point

Par CÉCILE DAVID-WEILL

http://www.lepoint.fr/invites-du-point/cecile-david-weill/a-new-york-la-guerre-des-mediums-fait-rage-09-05-2014-1820819_507.php