Il n’y a pas que les autres secteurs qui connaissent ces derniers temps des secousses et des turbulences. Le domaine religieux lui aussi a ses maux. Entre courants sectaires, tentative d’enrôlement pour le djihadisme et l’infiltration de plusieurs sectes, la sécurité intellectuelle des Algériens est plus que jamais menacée. Ce sont et en tout cas là, les alertes et les mises en garde du ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, M.Mohamed Aissa. Etant l’invité de la Chaîne III de la Radio nationale, M.Aïssa a abordé tous ces sujets à caractère polémique sans aucune réserve. M.Aïssa a indiqué avoir chargé les imams et les muftis de protéger les hadjis contre certaines sectes, car d’après lui depuis le printemps arabe «l’Algérie est une île parmi les pays arabes et musulmans à être immunisée contre cette contagion d’instrumentalisation de la religion pour des fins politiques et révolutionnaires». Selon lui, cette menace ne vise pas uniquement la religion des Algériens. Mais a par contre, une portée bien lointaine, à savoir le déracinement des Algériens de leur appartenance patriotique. Surtout avec la période du Hadj où toutes les sectes sont présentes sur les Lieux Saints. Dans ce sens, le ministre a indiqué: «J’ai interpellé les imams et les muftis pour être aux côtés des pèlerins pour les immuniser contre ces idéaux.» La crainte selon lui, ne figure pas dans les croyances religieuses de ces sectes qui dérangent, mais bel et bien «l’instrumentalisation de ces dernières pour un usage politique et révolutionnaire pour déstabiliser l’Etat algérien via une conviction religieuse instrumentalisée.» Selon lui, la situation s’est accentuée, car «ce qui a été au niveau des idées, actuellement se transforme en groupements et organisations» citant à cet effet l’organisation Daeh devenue une organisation armée et qui, selon M. Aïssa «prend référence sur un takfirisme rigoureux». Pour lui, l’immunisation se fait certes au niveau sécuritaire, mais également au niveau intellectuel. Concernant l’infiltration de courants dans les campus universitaires, que M.Aïssa a énumérés: le ahmadisme, le kadianisme, le bahaïsme, le takfirisme, le chiisme, mais aussi le christianisme et le judaïsme, il dira qu’ «il ne s’agit pas de refuser ni le hanafisme, ni le hanbalisme», car selon lui «ce sont des sectes greffées, ce sont des déviations de pratiques de religion musulmane et autres». Toutefois, il a précisé que le wahhabisme n’était pas un mouvement sectaire, mais un mouvement religieux politisé.

Ça ne sera plus comme avant
M.Aïssa a affirmé sa volonté d’immuniser ces espaces contre ces «courants sectaires» et ce, en collaboration avec le ministre de l’Enseignement supérieur. Sur le terrain, cela se fera par un décret présidentiel qui réorganisera la création d’associations à caractère religieux. Il a déclaré à ce propos: «Nous allons prendre en charge l’activité religieuse hors des mosquées, au sein des mosquées et lieux de cultes autres que musulmans.» Expliquant le décret en question, il dira que ce dernier servira à définir le cahier des charges de ces associations, leurs attributions, leurs relations avec le chef du prêche (l’imam pour la mosquée) et le révérend ou le rabbin pour les cultes autres que musulman. Il a expliqué que l’activité religieuse va être «régulée et encadrée par les lois de la République, la rigueur de l’administration et la bienveillance des imams». Concernant les jeunes endoctrinés et recrutés pour partir au djihad au Moyen-Orient, M.Aïssa dira: «Nous connaissons ceux qui les enrôlent et aussi les enrôlés.» Il citera l’exemple de «40 Algériens» qui étudient dans l’université de Qom en Iran, cette université forme «des cadres en sciences islamiques avec un versant chiite». Ces gens, M.Aïssa affirme les connaître, «on a des chiffres, les autorités détiennent des listes nominatives avec appartenance et affiliation» a-t-il affirmé sans avancer ces chiffres. Cependant, il précisera que l’opération d’enrôlement se fait aux abords des mosquées et non pas à l’intérieur, car «la période des halakat est révolue». Au sujet de la réouverture des lieux de culte autres que musulmans, M.Aïssa précisera d’emblée qu’il n’est pas le ministre des Affaires islamiques mais celui des Affaires religieuses, qui englobent toutes les religions autres que musulmane. Il a déclaré «en ce moment aucune demande de réouverture de lieux de culte d’obédience judaïque n’a été engagée», mais si cela aurait été le cas? M.Aïssa a affirmé «nous la soumettrons aux lois de la République, notamment le décret 02-06 qui exige que la présence d’entité autre que musulmane soit claire, déclarée, enregistrée et rationnelle.» Au sujet du Hadj, il soulignera l’aide financière de l’Etat de 24.000DA pour les hadjis, vu que le Hadj devient de plus en plus cher. «Il y aura une prise en charge des pèlerins algériens sur place conformément à un contrat signé entre les autorités algériennes et un partenaire commercial saoudien». Toutefois, selon lui, il faut s’attendre à des problèmes, puisque «la relation avec le partenaire saoudien est une relation commerciale».

source : L’EXPANSION dz.com
Par Kheireddine BOUKHALFA –

{{Contrechamp :Jamais sans mon FIS
Par : Mustapha Hammouche}}

Une grave menace pèserait sur le pays, à en croire le ministre des Affaires religieuses : il courrait le risque de se voir envahi par “des courants qui ont profité des perturbations intervenues dans le monde arabo-musulman via ce qui est appelé le Printemps arabe pour conforter leur place en Algérie et tenter de déstabiliser le pays”.
Et “ces sectes greffées des déviations de pratiques des religions musulmane et autres que musulmane comme l’ahmadisme, le takfirisme, le bahaisme, le… chiisme (!)”, etc., qui seraient susceptibles d’“intoxiquer” les hadjis et qui s’infiltreraient aussi dans les campus universitaires… Vraiment ? Les télévisions privées, qui s’emploient à surveiller les étudiantes “faisant le mur” des résidences, ne les ont donc pas vu passer, ces courants sectaires…
“Nous craignions le Printemps arabe”, a concédé le ministre, tout en soulignant que “l’Algérie est une île parmi les pays arabes et musulmans à être immunisée de cette contagion d’instrumentalisation de la religion à des fins politiques”…
Malgré sa crainte, le ministre a donc voulu se montrer rassurant en proclamant que l’Algérie, du fait de sa douloureuse expérience des années 90, était “immunisée de la contagion d’utiliser et d’instrumentaliser la religion à des fins politiques”. Ajoutant qu’elle “a pu, par le cautionnement des imams et des mosquées, défendre son référent religieux national”. Après tous ces “réconfortants” rappels, l’on se demande ce qui peut bien inquiéter notre ministre du Culte… Si ce n’est, justement, le spectre du “printemps”.
Car, enfin, l’instrumentalisation de la religion par les dictatures “arabes”, dont la nôtre, a précédé le phénomène de “printemps”. Un régime qui légalise les partis islamistes, et qui s’y allie dans l’exercice de son pouvoir, n’est pas en droit de poser la question de l’instrumentalisation de la religion : il la pratique !
Ce qui est menaçant pour le pouvoir, ce n’est pas tant le fait que les “sectes” puissent squatter l’opportunité “printanière” pour s’infiltrer dans le pays : elles y sont depuis longtemps. Il suffit de se rendre au salon national du livre pour mesurer l’étendue des boulevards ouverts aux États prêcheurs du Golfe et à leurs venimeuses dépendances “caritatives” et “culturelles”.
Ce sont les mots d’ordre de “dégage” et de “liberté” brandis, pour la première fois, par d’immenses foules “arabes”, et trop longtemps répercutés par les médias universels, qui ont traumatisé nos dirigeants. Et ce sont toujours les islamistes qui, partout où “le printemps” s’est manifesté, ont volé au secours du pouvoir total contre l’aspiration démocratique.
Historiquement, l’instrumentalisation de la religion a eu pour fonction de contrer la revendication démocratique des élites “arabes” progressistes. Et ce sont les autocraties arabes qui ont introduit les manipulateurs du sentiment religieux. En commençant par le campus, justement !
L’université algérienne peut en témoigner, puisque la première victime de la violence islamiste fut un étudiant militant de l’identité, assassiné dès 1982 !
Là est le paradoxe des dictatures “arabes” : autant ont-elles besoin de l’islamisme pour combattre le progrès, autant le craignent-elles pour sa nature belliqueuse. Là est peut-être aussi le sens du recours incantatoire à “l’immunité” par notre ministre.

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