PARIS (AFP) — Michèle Alliot-Marie a réactivé mardi la lutte contre les dérives sectaires dans une circulaire aux préfets, au moment où les propos de la directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy sur les sectes et la scientologie ont provoqué un tollé à gauche et à droite.

Dans ce contexte, la publication de cette circulaire, même si le ministère de l’Intérieur n’y voit qu’un hasard du calendrier, arrive à point nommé pour éteindre les passions.

Cette circulaire de la ministre de l’Intérieur, qui appelle les préfets à « mener une action coordonnée de lutte contre les dérives sectaires », rappelle le principe fondamental de la liberté d’opinion et de croyance, le critère de respect de l’ordre public, les sanctions pénales possibles et les différentes dérives sectaires constatées.

Tout en relevant que l’arsenal juridique est « suffisant pour sanctionner les dérives sectaires », elle insiste sur la nécessité de bien argumenter les plaintes pour éviter les marathons judiciaires.

Plusieurs spécialistes du dossier assurent que le texte ne comporte pas de nouveautés essentielles, excepté le projet de création de groupes de travail spécifiques, sur le modèle des GIR (Groupement d’intervention régional), que Mme Alliot-Marie avait annoncé début février.

Le député PS Philippe Vuilque, président du groupe parlementaire sur les sectes à l’Assemblée, s’est dit mardi « surpris » par cette circulaire, parce qu’elle émane de la ministre de l’Intérieur alors que la lutte contre les dérives sectaires, confiée à la Miviludes (Mission interministérielle de lutte et de vigilance contre les dérives sectaires) relève du Premier ministre.

La précédente circulaire aux préfets, à laquelle fait d’ailleurs référence le nouveau texte, était signée de Jean-Pierre Raffarin, le 27 mai 2005.

Du côté de la Miviludes, on souligne qu’il existe déjà des « groupes de travail spécifiques » dans les départements, créés à la suite d’une note aux préfets du président de la Mission (27 mars 2007). La Miviludes regrette aussi que la circulaire ne parle pas de prévention, un de ses domaines d’action.

Déjà début février, Mme Alliot-Marie avait souhaité avoir autorité sur la lutte contre les dérives sectaires, en mettant en doute l’efficacité de la Miviludes. Pour elle, le rôle de la Mission devrait se limiter à « un travail d’étude et de recommandation ». Ce qui avait provoqué l’émoi des partisans de la Mission.

A l’Intérieur, on a fait valoir que la circulaire était dans « la droite ligne » des déclarations précédentes de Mme Alliot-Marie, également en charge des Cultes.

Cette circulaire, préparée au début du mois, n’a donc rien à voir, a-t-on assuré au ministère, avec la polémique suscitée par les propos de la directrice de cabinet de l’Elysée Emmanuelle Mignon. Celle-ci avait estimé, dans VSD, la semaine dernière que les sectes étaient « un non-problème » – avant de se rétracter – en France, ce qui avait réjoui l’Eglise de Scientologie mais navré les associations de défense des victimes de mouvements sectaires et les tenants de la laïcité.

Le camp laïque est quasiment sur le pied de guerre depuis les discours de Nicolas Sarkozy sur la « laïcité positive », sur « la supériorité du curé sur l’institeur », sur la transcendance et le besoin d’espérance.

Si bien que les propos d’une proche collaboratrice du chef de l’Etat avaient fait monter la pression d’un cran. Julien Dray, porte-parole du PS, avait même estimé que « dans les mois à venir, le camp laïque » allait devoir « descendre dans la rue ».

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