{{Juillet 2009. Un homme originaire de Clermont-Ferrand porte plainte contre une association religieuse de Vescovato pour « abus de faiblesse ». L’organisation serait soupçonnée d’escroquerie et de dérive sectaire. Enquête.}}

Elle se fait appeler « la messagère ». Agnès Mignoni, 46 ans, prétend avoir des apparitions de la Vierge. Elle lui aurait confié « la mission de préparer le monde au retour glorieux du fils de Dieu sur la terre ». Cette ancienne aide-soignante est la présidente d’une association cultuelle catholique créée à Vescovato en 2002 faisant l’objet depuis plusieurs semaines d’une enquête préliminaire du parquet de Bastia pour « abus de faiblesse sur une personne vulnérable en liaison avec une entreprise sectaire, abus de confiance et escroquerie ».
À l’origine de cette enquête, un signalement reçu par l’Association de défense des familles et de l’individu victimes de sectes (Adfi) d’Auvergne qui abouti en juillet dernier à un dépôt de plainte d’un homme de Clermont-Ferrand. Son épouse, fascinée par « la messagère », aurait fait don à l’association « La famille Ave Maria de l’enfant Jésus » des 12 000 euros du compte familial.

L’évêché d’Ajaccio dément toute reconnaissance officielle de cette organisation par l’Église catholique et condamne fermement les agissements de ses dirigeants se prévalant notamment de soutiens de prêtres suspendus de leurs fonctions : « Cela fait plusieurs années que nous leur demandons d’arrêter de profiter de la faiblesse des gens en diffusant des informations concernant ces soi-disant apparitions. Nous avons également réclamé la fermeture du site internet de l’association suite aux nombreux appels téléphoniques reçus de prêtres et paroissiens du continent suspicieux à l’égard de cette organisation », souligne Stéphane Sclavo, secrétaire personnel de Mgr Brunin, évêque de Corse.
En effet, suite à la démission d’Agnès Mignoni en avril 2009, des membres de l’organisation auraient évoqué sur leur site un « besoin d’espèces sonnantes et trébuchantes ». Un message entendu par les croyants comme en témoignent les nombreux dons reçus au profit de « La famille Ave Maria de l’enfant Jésus ». Des sommes allant de 10 à 2 000 euros sous forme de chèques et de virements accompagnés de demandes de prières.

Certains témoignages feraient également état d’un projet de vie communautaire. Les cinquante membres de l’association avaient pour intention de faire l’acquisition d’un couvent situé dans le Cap Corse et de le baptiser « La cité de l’immaculée ». Certaines personnes auraient été prêtes à tout quitter pour venir s’y installer.
« Le culte fondé autour de la personne d’Agnès Mignoni, les dons d’argent récurrents, le projet de vie en communauté, les témoignages inquiets de dérapages… Tous les éléments de cette affaire sont pour le moins troublants. La prise en compte de ces données peut amener à penser que l’on se trouve face à un cas de dérive sectaire. Il faut cependant rester prudent et attendre que les autorités judiciaires se prononcent sur le sujet», nous indique-t-on de source religieuse.

{{Témoignage. Jules Mignoni, le mari de « la messagère »}}

{{Que pensez-vous de cette plainte portée contre l’association de votre épouse ?}}

Je soutiens totalement le plaignant, car certains membres en font partie pour soutirer de l’argent aux plus faibles. Je me bats depuis le début contre ma femme pour qu’elle arrête de parler de ses soi-disant visions. J’ai même essayé de la convaincre de quitter cette organisation, en vain.

{{Vous affirmez que votre femme est manipulée…}}

Exact. Avant cette histoire nous avions une vie de famille normale. Mon épouse ne s’était jamais présentée comme « la messagère » et n’avait jamais envisagé de créer d’association religieuse. Tout a dérapé en 2002, suite à la rencontre d’un homme en Charente qui fait aujourd’hui partie de cette communauté. Ils ont même essayé de la pousser au divorce en répandant des rumeurs à mon sujet. Elle, en attendant, consacrait tout son temps et son salaire à cette association.

{{Cette association pourrait-elle être dangereuse ?}}

Oui. Ils sont venus jusqu’à mon domicile pour me menacer parce que je refusais de soutenir ma femme dans sa démarche. Sans parler de ma fille qu’ils ont abandonnée en juin sur une autoroute à Mayenne lorsqu’elle a refusé de les suivre lors d’un retour de pèlerinage à Jérusalem…

Anne-Sophie Luccioni

http://info.club-corsica.com/soc_120_010.html