Dialogue : Nous convier aux conversations théologiques et philosophiques qu’il a eues, dans le cadre des journées d’échanges entre croyants et non-croyants (Parvis des gentils), avec le cardinal Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical de la culture : voici l’heureuse initiative qu’a prise Luc Ferry, philosophe et ancien ministre de l’Education nationale, en publiant ces réflexions réunies sous le titre trop peu évocateur « Le Cardinal et le Philosophe ». Non croyant, Luc Ferry y explique longuement l’apport moderne du message chrétien aux grandes morales laïques et républicaines, au travers notamment de l’affirmation de l’égale dignité des hommes. Lui et le cardinal Ravasi s’accordent à reconnaître le christianisme comme « seule religion ayant rendu la laïcité possible ».

Extraits : Luc Ferry : « Il y a bel et bien un passage dans l’Evangile de Marc, au chapitre VII, dans lequel Jésus admoneste les juifs orthodoxes qui se plaignent que ses amis sont passés à table sans se laver les mains. Jésus leur répond vertement que « rien de ce qui vient de l’extérieur ne peut souiller l’âme, ne peut être impur ». Au fond, avec cette phrase, il rejette tous les rituels religieux, notamment alimentaires, au profit de la loi du coeur. (…) C’est ce qui vient de notre conscience qui importe, qui peut être pur ou impur. Et c’est probablement ce qui a permis le passage à la laïcité dans les sociétés chrétiennes, là où les sociétés juives ou musulmanes ont beaucoup de mal à l’accepter. (…). Seriez-vous d’accord pour dire que le christianisme est la seule religion qui ait rendu la laïcité possible ? »

Gianfranco Ravasi : « Le christianisme est la religion qui a le plus déplacé son axe vers la sphère de l’intériorité, en autorisant la distinction entre les domaines religieux et profanes (…). Une telle distinction ne serait pas possible dans la conception musulmane. Lorsque nous recevons, par exemple au Conseil pontifical pour la culture, des délégations iraniennes, leur nom exprime à lui seul une conception différente et antithétique : la République islamique d’Iran. Cette vision théocratique qui unit le trône et l’autel, bien que parfois adoptée au cours de l’histoire par des pays chrétiens, n’est pas celle proposée par le christianisme. (…) Adhérer à la religion chrétienne, c’est aussi rejoindre la place publique. »

source :

http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/debat/0203044123090-des-origines-chretiennes-de-la-laicite-613463.php

Par Jean-Francis Pecresse