Quelque 2.000 pèlerins vêtus de blanc effectuent une danse rituelle au lever du soleil dans la région des Sept Lacs de la montagne Rila en Bulgarie, accompagnés par des violons et un chœur de femmes.

Chaque année au mois d’août, des adeptes de la « Fraternité blanche universelle » convergent du monde entier vers ces lacs de montagne, situés à 2.100 mètres d’altitude, pour célébrer, le 19 août, le début de leur nouvelle année.

De tous âges, ils pratiquent la « paneurythmie », mélange harmonieux de mouvements de gymnastique et de danse méditative. Parfaitement synchonisés, ils forment plusieurs larges cercles concentriques blancs qui se détachent sur les verts pâturages du massif, situé dans l’ouest de la Bulgarie, et très apprécié des randonneurs.

Pour ce mouvement ésotérique, l’énergie cosmique positive est à son niveau le plus élevé en ces lieux autour du 19 août. La paneurythmie aide à la recueillir et la diffuser dans le monde.

« Nous venons à Rila afin de nous débarrasser des impuretés accumulées lors de notre vie de tous les jours en ville, grâce à l’énergie de cet endroit (…) », explique à l’AFP Alexandrina Stoilova, 80 ans, en ajustant son chapeau blanc à bord large avant de rejoindre le rituel.

Les pèlerins, qui s’adressent les uns aux autres par « frère » ou « sœur », arrivent plusieurs jours avant et campent sur les lieux. Le matin, ils saluent le soleil levant par des prières et des exercices de méditations, pour se mettre en contact avec les forces de la nature, puis assistent à des cours devant les aider à « ouvrir leur âme ».

Cette école spirituelle –fondée par le théologien bulgare Peter Deunov en 1897– est un syncrétisme associant des éléments du christianisme et de mysticisme indien. Elle insiste sur l’amour fraternel, des habitudes de vie saine, la pensée positive et l’harmonie avec la nature.

Peter Deunov –ou « Maître Beinsa Douno » — a emmené ses premiers pèlerins à Rila en 1929, et dans les années suivantes, il a développé la paneurythmie. A cette époque, les adeptes étaient au nombre d’environ 40.000. Le mouvement ne livre pas de données sur leur nombre aujourd’hui.

Le gouvernement bulgare avait reconnu les effets positifs sur la santé de ces exercices rythmiques et ils ont même été enseignés, à titre expérimental, dans une école à Sofia lors des cours d’éducation physique.

Clandestinité

La Deuxième guerre mondiale et l’installation d’un régime communiste en Bulgarie en 1944 a néanmoins confiné le mouvement dans la clandestinité.

« La paneurythmie était pratiquée en secret et les gens sont quand même venus à Rila, même si cela était officiellement interdit », rappelle Hristo Madjarov, 68 ans, l’un des enseignants du mouvement et adepte de longue date.

« Les choses se sont détériorées après 1957, quand les autorités ont confisqué et brûlé nos livres et de nombreux frères et sœurs ont perdu leur travail », ajoute-t-il.

En Bulgarie, le mouvement a été enregistré officiellement en tant que religion après la chute du communisme en 1989. Et en 2007, dans un sondage populaire portant sur les plus grandes personnalités de l’histoire bulgare, Deunov est arrivé second, sur plus de 2.700 noms proposés.

Son mouvement s’est aussi développé à l’étranger: en France, où son disciple « Omraam » Mikhaël Aïvanhov (1900-1986) a prodigué ses enseignements, en Belgique, en Suisse, et jusqu’au Canada, au Mexique, à l’Islande et à la République démocratique du Congo.

« C’est la deuxième fois que je viens à Rila et j’aimerais continuer à y venir, car danser la paneurythmie dans ces montagnes est très différent d’une pratique en Suisse », estime David Gérard, qui a rejoint la Fraternité il y a 37 ans en France.

Maria Jesus, une économiste de 43 ans originaire de Grenade, explique pratiquer la danse en Espagne depuis 8 ans et cela lui a procuré « une harmonie spirituelle et de la vitalité ».

Dans une étude publiée récemment, une universitaire spécialisée dans le sport, Lyudmila Tchervenkova, souligne les effets positifs des mouvements sur des personnes d’âges divers après seulement six mois de pratique.

Les exercices simples mis au point par Deunov améliorent l’équilibre des personnes ainsi que leur endurance physique, tout en diminuant leur niveau d’agressivité, a-t-elle estimé, et au bout du compte favorisent leur optimisme et permet de lutter contre les tendances dépressives.

AFP

source : 22/8/13

La Croix

http://www.la-croix.com/Culture/Actualite/Danse-purificatrice-dans-la-montagne-bulgare-2013-08-22-1001060