Le portofolio du Mag « Le Monde » du 20.01.12 avait déjà publié un article de Laure Gasporoto « Il est bio mon vignoble » dans lequel elle faisait l’apologie de la biodynamie dans les vignobles du nord de la vallée du Rhône en ne faisant aucune distinction entre la culture biologique de la vigne qui s’appuie sur des innovations, des expérimentations et l’intelligence des viticulteurs et la biodynamie qui est obscurentiste, sectaire, totalitaire et qui impose des pratiques chamaniques à des producteurs infantilisés.

Et voilà que Télérama remet ça dans son N°3374 du mois de septembre dernier sous la signature de Vincent Rémy avec pour titre « Biodynamie viticole : quel bon vin vous amène ».

J’ai donc écrit à Télérama et à l’auteur les « Réactions » jointes ci-après mais qui sont restées sans réponses et qui n’ont pas été publiées, même tronquées, au courrier des lecteurs.

Il me semble qu’il est urgent de dénoncer le lobbying des disciples de Steiner et des adeptes de l’anthroposophie auprès de journalistes désinformés et influencés qui laissent croire que la biodynamie, c’est l’avenir, alors qu’elle n’est basée que sur des pratiques ésotériques. A l’opposé, la culture biologique en générale et de la vigne en particulier, c’est la voie royale d’une agriculture d’avenir, respectueuse de l’environnement s’appuyant sur des données scientifiques et des expérimentations rigoureuses ainsi que sur la formation et la créativité des agriculteurs.

C’est l’ambition du texte ci-dessous qui répond à l’article scandaleux de Télérama :

Sur 7 pages ! Ca ne va pas, Télérama de faire l’apologie de la biodynamie ; qu’est-qui t’a pris ?

Quelle mouche a piqué Vincent Rémy, rédacteur en chef, excusez du peu et qui vient de publier un livre autour des questions du savoir et de la transmission.

Quel savoir transmis par cet article qui entretient systématiquement et volontairement la confusion entre la culture biologique qui est l’avenir d’une agriculture démocratique appuyée sur l’innovation et la biodynamie qui est totalitaire, obscurantiste, fascisante.

Malgré Sciences-Po, il présente la biodynamie et ses pratiques ésotériques comme la seule alternative à la « culture chimique » alors qu’elle est un syncrétisme de pratiques obscurantistes et magiques, la négation de l’agronomie qui une science de la complexité. Il devient le complice des charlatans qui voudraient nous faire croire que tout est simple dans leur monde fantasmé et qu’il devrait, au contraire, dénoncer.

Les promoteurs de la biodynamie se comportent comme une secte organisée pratiquant un lobbying efficace auprès des média et agissant sur les adeptes désinformés en déformant le réel pour les enfermer dans une divination des pratiques dispensées par un gourou et nécessitant l’achat de produits ou de matériels exclusifs.

C’est comme si, en médecine, on proposait de revenir aux sorciers, aux chamanes sous prétexte que ses dérives parfois constatées nous condamnaient à jeter aux orties des siècles de recherches et de pratiques médicales.

Il y a des choses à changer en matière d’agronomie et de protection des plantes. Et la vigne est particulièrement bien adaptée à une diminution des intrants particulièrement des engrais ou des produits phytosanitaires compte tenu de l’énorme potentiel de cette espèce.

Cette puissance végétative qui doit être « bridée » pour ne pas dépasser les rendements règlementaires, a permis la diminution des intrants et facilité l’émergence d’une culture d’abord raisonnée puis entièrement biologique. Cette alternative a permis à des pionniers de démontrer qu’une production sans intrants chimiques était possible et la culture biologique du vignoble ne cesse de se développer avec l’aide de la recherche, au moyen d’expérimentations scientifiques et de démonstrations « grandeur nature ».

C’est cela que vous devriez faire connaître alors que Vincent Rémy se fait complice de la biodynamie qui tente à faire croire qu’elle est seule en train de sauver l’agriculture des excès des pratiques productivistes.

Qu’il puisse publier sans honte les fadaises renversantes de bêtises concernant « les fameuses cornes de la biodynamie, remplies de bouse ou de silice, enterrées à l’automne, ressorties au printemps » est scandaleux et déshonore le journal. Il y a aussi le « dynamiseur » qui coute cher et qui « transmute » le contenu de la corne, quelques grammes seulement, en produit homéopathique miracle qui, pulvérisé sur de grandes surfaces, permet aux racines de chercher la roche et donne au feuillage un éclat incomparable. Qui peut croire en de telles fadaises ?

On est en droit de se demander quelles contreparties la société « Terres en devenir » a consentie pour que Télérama en fasse une telle publicité mensongère.

A l’inverse, la culture biologique est basée sur une connaissance scientifique approfondie de la physiologie des végétaux et de leur environnement. Et non sur des pratiques chamaniques proposées par un illuminé sectaire dont on se demande comment elles peuvent séduire de grands propriétaires qui, si on en croit l’article, sont le plus souvent, issus de milieux non agricoles et donc plus à même de se laisser entraîner dans des pratiques qui s’apparente à de la sorcellerie.

Pour preuve, cette affirmation d’un riche héritier, musicien de jazz : “L’avenir, c’est la connexion entre phytothérapie, homéopathie, géobiologie…”. Mais qu’est-ce que ça veut dire ?

Il continue : « Une pointe de couteau de silice ! Voilà ce qui est dilué dans 160 litres d’eau, dynamisé par un tourbillon, et vaporisé sur un hectare de vigne : c’est un traitement homéopathique, mais le lendemain, les feuilles de la vigne se redressent, s’ouvrent vers le ciel ! ».

Comme tous les miracles, c’est confondant d’ignorance et de croyances absurdes ! Et c’est confirmé par une logorrhée (que l’auteur qualifie de brillante partition) où se mélangent « le yin et le yang, que sont la silice et la bouse de corne (quelques milligrammes par ha) qui régulent la physiologie de la vigne, permet l’harmonie avec l’influence vibratoire du Soleil, un peu de la Lune, rétroviseur du Soleil, et de Vénus et Mercure, les planètes dites « intérieures » placées entre le Soleil et la Terre, silice mettant en relation la plante avec le Cosmos ».

Il est probable que ces viticulteurs qui ne sont pas des terriens, sont bien plus intéressés par les plus-values engrangées par des produits qu’ils baptisent « vins vivants » auprès de consommateurs friqués et abusés, que par le bien-être de leurs vignes dont ils ne connaissent rien de la physiologie ni des écosystèmes où elles se développent.

Que veut dire « La vigne retrouve un équilibre. Les fruits gardent la trame et la vibration du terroir ». Qu’est ce que la trame et la vibration du terroir ? Vincent Rémy, vous débloquez ou Véronique ou d’autres belles vigneronnes biodynamisantes vous ont mithridatisé contre la bêtise.

Et vous en rajoutez puisque vous citez ce slogan inepte : « La biodynamie contribue au sauvetage des paysages car il y a dans la philosophie de Rudolf Steiner, l’idée d’une interaction entre l’homme, les animaux, les arbres, les plantes… »

Pour conclure, la biodynamie est un ensemble de croyances simplificatrices indémontrées, une escroquerie, comme l’homéopathie alors que la culture biologique s’appuie sur la recherche et l’expérimentation scientifiques et l’intelligence des agriculteurs. La culture biologique permet une libération individuelle basée sur une meilleure compréhension de l’environnement alors que la « biodynamie » est un enfermement pyramidal de ses adeptes enrôles par des promoteurs rompus à un lobbying capable d’intoxiquer des média qui collaborent scandaleusement à la diffusion de contre-vérités.

Ainsi, vous avez décrédibilisé définitivement votre journal que je cesserai de lire.

source :http://blogs.mediapart.fr/blog/cholpierre/141014/lescroquerie-biodynamique
14 OCTOBRE 2014 | PAR CHOL.PIERRE