Un rapport de la Commission sénatoriale d’enquête sur les Mouvements à caractère sectaire pointe du doigt le rôle de Google dans la visibilité des « méthodes thérapeutiques non traditionnelles », sur lesquelles les sectes s’appuieraient pour recruter des victimes. Il regrette que les résultats officiels des services de l’Etat ne soient pas systématiquement mis en avant par le moteur de recherche.

Officiellement, Google n’intervient jamais manuellement pour favoriser un résultat par rapport à un autre, et ne déréférence des sites que s’il en reçoit l’ordre judiciaire, s’il s’agit de contenus ostensiblement illégaux (pépornographiques, incitant à la haine raciale…), ou si un ayant droit le lui demande en vertu des droits d’auteur. Mais cette « neutralité » du moteur de recherche pose une difficulté aux pouvoirs publics, qui aimeraient que Google aient un rôle plus actif dans la diffusion de l’information officielle.

C’est ainsi ce qui apparaît clairement dans un riche rapport (.pdf) publié ce mois-ci, rédigé par le sénateur Jacques Mézard (Parti Radical), sur « l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé ». Il y est longuement question du rôle qu’aurait internet, et en particulier Google, dans la visibilité de méthodes thérapeutiques dites « naturelles » ou « alternatives », qui ne sont pas celles de la médecine traditionnelle validées par l’Etat. Selon les travaux de la Commission d’enquête sur les Mouvements à caractère sectaire, de nombreuses sectes utilisent la recherche par les malades d’une forme de « médecine alternative » pour recruter des fidèles, qui n’ont pas foi dans les voies officielles.

« Le réflexe consistant à effectuer une recherche médicale sur Internet répond tant au simple désir de compléter une connaissance qu’au souhait de découvrir des méthodes de soins nouvelles, notamment dans un contexte de méfiance à l’égard de la médecine traditionnelle, que des scandales tels que celui du Mediator a renforcée », regrette ainsi le rapport.  » L’information disponible sur la « toile » peut inciter les internautes à s’orienter vers les pratiques non conventionnelles. A tout le moins, ces informations véhiculent un message généralement favorable à ces pratiques, dont l’efficacité est vantée par rapport à la médecine traditionnelle ».

A titre d’exemple, les sénateurs constatent qu’en recherchant l’expression « biologie totale » dans Google, qui est l’un des noms donnés aux méthodes anti-cancer très contestées (voire carrément dangereuses) du Dr Ryke Hamer, « la fiche du ministère de la santé n’apparaît qu’en milieu de deuxième page, soit en quinzième position, après d’autres sites ou vidéos faisant la promotion de cette pratique, dont le témoignage de la chanteuse Lara Fabian ».

Place le SEO au coeur de la stratégie des autorités officielles

« Il est regrettable que la faible quantité d’information objective proposée par les pouvoirs publics ne soit pas mieux indexée, et ne soit pas accessible en priorité sur l’écran », ajoute le rapport du Sénat.

Aussi, dans ses propositions formulées au Gouvernement, la Commission anti-sectes demande de « renforcer la sécurité de l’information des internautes en garantissant que toute recherche ayant un lien avec les pratiques thérapeutiques non conventionnelles débouche en premier lieu sur les messages officiels provenant d’autorités telles que le ministère de la santé, la Haute Autorité de santé ou la Miviludes ». Néanmoins, même si la formulation le laisse penser, à aucun moment le rapport ne propose que Google soit contraint de modifier ses méthodes pour proposer systématiquement un site officiel à la place d’un site promouvant une méthode alternative.

Le rapport demande plutôt que les pouvoirs publics s’adaptent et intègrent le SEO dans leurs objectifs de travail. « L’indexation efficace des informations officielles doit désormais devenir une priorité », indique M. Mézard, grâce à « la définition d’une stratégie de référencement des informations en provenance des pouvoirs publics sur Internet, notamment au regard des critères utilisés aujourd’hui par les moteurs de recherche tel que Google ». Il souhaite en outre que la cyberpatrouille de la Gendarmerie et de la Police nationale fassent remonter les « changements de nom des pratiques dangereuses », pour permettre aux sites officiels de se positionner très vite sur les nouveaux termes recherchés.

source : Numerama
22/04/2013

Guillaume Champeau

le Lundi 22 Avril 2013

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