Jonathan Lavoie dénonce le mouvement religieux qui l’a presque mené au suicide.

Forcé de se convertir au Jéhovisme à l’âge de 8 ans, Jonathan Lavoie estime avoir subi un «lavage de cerveau» et un important isolement social, qui l’ont presque mené au suicide, avant de quitter cette structure religieuse à l’âge de 17 ans.
{{«Je n’étais plus capable}}. C’était: je sors ou je me suicide», se souvient l’homme de 40 ans. Tout petit, Jonathan était catholique et le seul pratiquant de sa famille. «À l’âge de 4 ans, je voulais devenir prêtre. C’était mon but dans la vie, ce qui mettait ma mère en mautadit», enchaîne-t-il.

Alors que Jonathan venait d’avoir 8 ans, ses parents discutaient de divorce. Ce sont des voisins adeptes du mouvement qui les ont convaincus de se convertir, leur disant que les désunions n’existaient pas, dans leur religion. «J’étais opposé, je ne voulais rien savoir», explique-t-il.
Tranquillement, un processus de manipulation des hauts placés s’est installé et Jonathan se souvient notamment de livres pour enfants décrivant le mouvement comme le paradis et comme d’une religion d’amour. «C’est toujours de la manipulation comme ça», insiste l’ancien adepte.
{{
Victimes de violence}}

Malgré la conversion qui devait rétablir le climat familial, Jonathan, son frère et sa sœur se faisaient battre par leur beau-père. «Je réalisais que le monde était au courant de ce qui se passait chez nous et personne ne faisait rien. On se faisait citer comme étant exemplaire.»
Le «bourreau» de famille a même été élu «serveur ministériel» au sein de sa congrégation. Adolescent, Jonathan a commencé à douter de la crédibilité du mouvement.
«C’est une secte qui est ultra fondamentaliste. C’est extrêmement dur de vivre et suivre leurs règles. On est en contact avec le monde extérieur et on voit bien que…», laisse-t-il tomber. À 17 ans, Jonathan a décidé de quitter les Témoins de Jéhovah.

{{Drogue et centre d’accueil}}

«Ç’a été la crise. Ça toughé deux semaines et ils [ses parents] m’ont crissé dehors», raconte M. Lavoie. Il a ensuite vécu en centre d’accueil, en plus de sombrer dans l’enfer de la drogue. Il n’avait plus de contact avec sa famille.
Il a notamment manqué le mariage de son frère, événement dont il a tristement connu l’existence longtemps après. «Je l’ai su lorsqu’il était à l’hôpital, en train de mourir», s’attriste M. Lavoie. Atteint du syndrome de Gardner, il est décédé à la suite d’un refus de transfusion sanguine dicté par la religion.
Jonathan se concentre aujourd’hui sur son boulot d’intervenant, en plus de dénoncer le mouvement sur son site, www.watchtowerlies.com.

{{Les adeptes se font de plus en plus rares}}

Le mouvement Jéhovah perd des plumes au Québec et a atteint un plateau quant à son nombre d’adeptes.
«Entre 1991 et 2011, ils ont eu une perte de 18 %», souligne Alain Bouchard, sociologue des religions à l’Université Laval, selon des données de Statistiques Canada.
Les bonnes années du mouvement au Québec étaient entre 1971 et 1991. «Il y avait eu une bonne augmentation».
Avec cet engouement, la croissance s’annonçait encore florissante au Québec, mais le scénario inverse s’est produit. «Entre 1991 et 2001, il en est sorti [des adeptes] plus qu’il en est rentré», indique M. Bouchard.
«Ces types de religions minoritaires, souvent en tension avec la société, finissent par atteindre un certain plateau».

{{En « croissance »}}

Pour sa part, Léonce Crépeau, responsable du mouvement au Québec, nie toute baisse d’intérêt pour le mouvement.
«Définitivement, nous sommes en croissance», insiste-t-il, sans toutefois posséder de chiffres officiels le prouvant. «Nous avons plus de 25 000 adeptes», avance-t-il.
Il estime à 1000, le nombre de nouveaux adeptes chaque année. «On construit des lieux de réunion, pendant que les églises, aujourd’hui, vous savez ce qui se passe», ajoute-t-il.
Certains des principes critiqués dans le mouvement sont justifiés, insiste M. Crépeau, tels que le refus des transfusions sanguines. «Si on refuse les transfusions sanguines, c’est pour des raisons bibliques.»
Au sujet des relations inexistantes avec les anciens adeptes, il estime que c’est leur choix. «Si quelqu’un décide de pratiquer certaines choses que la Bible n’autorise pas, on va l’aider. Ils ont fait leur choix. On les aide, mais s’ils ne veulent pas, on ne peut pas les forcer.»

{{Une religion de moins en moins populaire}}

18 % | Diminution du nombre d’adeptes entre 1991 et 2011
1991: 33 420 adeptes
2001: 29 999 adeptes
2011: 27 495 adeptes
2008: légère augmentation
Entre 2012 et 2013: aucune hausse significative

source : lejournaldemontreal.com