Mercredi de la semaine dernière, un colloque exceptionnel s’est déroulé aux Archives départementales, à Caen. A l’invitation de l’Adfi Basse-Normandie, association qui lutte contre les dérives sectaires, les principaux acteurs judiciaires et les enquêteurs du procès du Parc d’accueil de Lisieux ont révélé les dessous de cette affaire inédite. Ils ont aussi débattu de la difficulté de lutter contre les dérives sectaires.
En octobre dernier, la cour d’appel de Caen rendait une décision qui fera date dans l’Histoire de la lutte contre les dérives sectaires. Françoise Dercle, gourelle de la secte du Parc d’accueil à Lisieux, était condamnée à cinq ans de prison ferme. Une grande victoire pour tous ceux qui défendent les individus sous emprise de groupes sectaires.
Sous emprise
Pour Me Fouquet : « C’est grâce au travail du psychologue que l’on a pu déterminer que les adeptes du Parc d’accueil étaient des victimes, sous emprise de la gourelle. »
Car en la matière, si les faits rapportés horrifient ceux qui les découvrent, il reste extrêmement compliqué d’apporter une réponse pénale aux dérives sectaires. Alors même que des progrès ont été faits pour identifier les groupes à caractère sectaire, la justice se trouve encore souvent face à des victimes qui ont parfois du mal à se définir comme telles, face à des faits difficiles à qualifier. Alors, faut-il changer la loi ? Peut-être pour Me Fouquet, qui a expliqué lors du colloque : « Il faudrait réfléchir à l’incrimination d’une entreprise sectaire comme il existe l’incrimination une entreprise terroriste. »
Revoir le code pénal ? Pas si simple pour son confrère Me Bosselut, avocat de l’Unadfi ( Union Nationale des Associations de Défense des Familles et de l’Individu) : « Nous touchons à des questions complexes. Si on détermine une incrimination spécifique pour les dérives sectaires, nous allons avoir une levée de boucliers, une fois de plus, on nous taxera de jouer la police de la pensée. Cela n’en vaut pas la peine, je crois pour ma part qu’étendre les moyens d’enquête et mener des instructions telles celle de l’affaire du Parc d’accueil est déjà une bonne réponse. »
Un début de réponse judiciaire
Pour le juriste : « L’affaire Dercle est une grande victoire dans la lutte contre les dérives sectaires. Avant, dans mes colloques, je passais mon temps à raconter comment l’avocat que je suis s’était planté dans les dossiers de dérives sectaires. Aujourd’hui, l’affaire Dercle est un début de réponse judiciaire à la chose sectaire et c’est énorme. »
Aujourd’hui affaire de référence, le procès Dercle a donc fait école. A tel point que comme l’explique Jean-Pierre Jougla, fondateur du D. U de victimologie liée à la nuisance sectaire : « J’ai vu récemment une victime de Françoise Dercle venir témoigner dans une affaire de dérives sectaires et expliquer la relaxe dont elle avait été victime pour les faits de viol. C’est à ce moment que j’ai vraiment compris à quel point l’affaire Dercle était un dossier exemplaire. »

Marie Mangane

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