Déjà condamné à trois reprises, Francy Casacci a écopé hier de quatre ans de prison

Par Denis Trossero

Les techniques utilisées par le mis en cause n’ont que très peu convaincu le tribunal, d’autant qu’il a déjà été condamné à trois reprises à Nice, Aix et Grasse.

Cet homme est formidable. Il a un talent oratoire incroyable. Il sait ce qu’il dit et dit ce qu’il sait. « Raphaël » – c’est son nom de code guérisseur – alias Francy Casacci, 44 ans, n’est pas né de la dernière pluie d’outre-France. Il dit qu’il vient des Seychelles. Il ne lit pas dans le marc de café ni dans l’eau verte des lagons, mais se vante d’avoir derrière lui « onze générations du côté de sa mère » versées dans la matière. Il serait une sorte de magnétiseur nourri « d’une trentaine de grimoires » qui n’en finit pas de dire merci à sa mère.

Hélas, la justice n’a pas tout à fait la même lecture. Depuis 2007, il a été condamné à trois reprises. À des peines de trois ans dont dix-huit mois avec sursis, de deux ans, et surtout à six ans en 2008 par le tribunal correctionnel de Grasse pour une série d’agressions sexuelles. Et c’est encore d’agressions sexuelles qu’il avait à répondre hier. Trois jeunes femmes sur lesquelles il aurait exercé ses talents de guérisseur, mais qui ont déposé plainte contre lui pour des caresses intimes, des massages douteux et même un cunnilingus, toutes choses que le prévenu conteste évidemment avec force. Pour six autres plaignantes, il a obtenu des non-lieux. Une seule a eu le courage de venir et de raconter hier à la barre, en larmes, ce qu’elle avait subi. Elle était tout juste majeure et « Raphaël » se serait livré sur elle à divers attouchements : « Il a éteint la lumière pour que je sois à l’aise. Je n’ai pas réagi. J’y arrivais pas. J’étais complètement tétanisée. »

Raphaël avait l’habitude de distribuer ses cartes de visite dans les divers instituts de beauté du centre-ville de Marseille. Il n’a pourtant aucun diplôme. Et il se réfugie derrière la médecine chinoise qui serait tant éloignée de nos approches de vilains Occidentaux bêtement cartésiens…

Le centre de son art n’est rien d’autre que son insondable capacité à débloquer les chakras sexuels de ses patientes. Pour un peu, il nous convaincrait qu’un cunnilingus peut soigner une vilaine sciatique. Il abhorre les psychiatres et les psychologues. N’aime pas quand on le décrit comme « paranoïaque« , « psychorigide » et « manipulateur« .

« On peut travailler à distance, martèle-t-il. En contact direct avec le corps ou avec des cristaux. » Mais il conteste, même si les patientes évoquent des séances très « sexualisées« . Même si ses dérapages ressemblent singulièrement à ce pourquoi il a déjà été condamné à Nice et à Grasse.

« Si j’étais un agresseur sexuel, je serais un agresseur sexuel avec tout le monde »

Notre génie guérisseur prend des airs de gourou. On imagine sa capacité de conviction. Surtout sur des victimes fragilisées. « Je ne suis pas un monstre ! se défend-il. Si j’étais un agresseur sexuel, je serais un agresseur sexuel avec tout le monde. Un malade est un malade ! » Le président Castoldi le pique parfois au vif. Voilà, dès lors, revenue la thèse du complot. Me Mathilde Dumoulin, pour une des victimes, détaille « les gestes déplacés« , « la mise en scène rodée« . « Jusqu’à quand va-t-il pouvoir sévir sous prétexte d’exercer une certaine médecine ? » Le procureur Marc Hellier, qui réclame quatre à cinq ans ferme, pointe la « force tranquille » du mis en cause, « l’assurance avec laquelle il se présente à la barre lesté de dix ans de prison« . En défense, Me Ophélie Kirsch ne se privera pas de rappeler que ce procès lui rappelle « les procès en sorcellerie du Moyen Âge« . Elle dira aussi que ses dons ont été « reconnus par certains de ses patients« . Il a écopé hier soir de quatre ans de prison. Une peine qui sera confondue avec une condamnation antérieure à deux ans.

 

source : laprovence .fr