Elle s’appelle Sabrina C. Agée de 24 ans, la jeune femme fait partie de ceux qui ont inscrit leur nom sur la liste des « volontaires » à l’expérimentation Pontourny. Du 19 septembre au 15 décembre, la Parisienne a vécu au « centre de prévention, d’insertion et de citoyenneté » de Beaumont-en-Véron, près de Chinon.

« Pas bien dans ma peau », enceinte de quelques semaines, celle qui explique avoir voulu s’extraire du cocon familial « pour prendre l’air » a fini par en revenir.

Je pleurais tous les soirs, je ne me sentais pas à ma place. À Pontourny, on m’a traitée comme une criminelle. »

Sabrina C., ancienne résidente de Pontourny

Si le ministère de l’Intérieur et le préfet des Hauts-de-Seine l’ont orientée vers l’Indre-et-Loire, c’est que Sabrina baignait dans la mouvance islamiste. Presque malgré elle.

«  On y voyait une chance pour notre fille  »

« J’étais mal entourée mais à aucun moment je ne me suis sentie intéressée par quelque religion que ce soit », assure-t-elle.

La seule question posée quant à une éventuelle radicalisation la fait bondir. « Ma famille est catholique, non pratiquante, on va à l’église de temps en temps, mais pas plus. » Elle reconnaît : « Mon copain a voulu me faire porter le foulard, mais j’ai toujours refusé », martèle la jeune femme.

Sauf que les images de propagande de l’État islamique proposées par son compagnon ont fini par alerter sa mère.

Signalement aux services préfectoraux, rencontre avec une assistante sociale. Ajoutons à cela un grand frère converti à l’islam, et la valise pour le Véron était faite.

Issue d’une famille de cinq enfants, originaire des Antilles, Sabrina C. souffre de déficience mentale légère. « Autonome » mais en quête de sens à donner à sa vie, elle rêvait d’apprendre un métier. Ce qui a accéléré son départ vers Pontourny.

« On nous un peu forcé la main, reconnaît, avec du recul, Nadia, la maman.

On y voyait une chance pour notre fille de suivre une formation professionnelle, d’apprendre la cuisine, d’être auprès des animaux (*) »

Nadia, mère de Sabrina

Telle était du moins dépeinte la carte postale depuis Nanterre. Le mot « déradicalisation » n’est à aucun moment évoqué, défend-on dans la famille de Sabrina.

«  Faire du nombre  »

Parade de l’État pour rendre l’histoire plus belle ? Volonté de donner une chance à une jeune femme aux influences néfastes ? Course effrénée pour grossir les rangs d’un centre de déradicalisation empêtré dans ses difficultés à recruter des profils ad hoc ?

Toujours est-il que Sabrina C. a le sentiment d’avoir été orientée vers Pontourny « pour faire du nombre ».

Et de détailler les leçons sur l’islam, « La Marseillaise » chantée à tue-tête le vendredi « pour rassurer les voisins »…

A ses côtés, Anaïs, revenue de Syrie, et un certain Mustafa Savas… Arrêté quelques semaines après le départ de Sabrina, lors d’une permission dans le Bas-Rhin, cet homme est suspecté d’être proche d’un kamikaze du Bataclan et de la filière djihadiste dite de Strasbourg. « Un grand frère plein de bienveillance, qui prenait soin de moi et me défendait des moqueries des autres », le présente toutefois Sabrina.

Une cohabitation qui apporte la preuve, selon ses proches, que « le système Pontourny est mal fait, pas assez réfléchi ».

Sur la question, Nadia C. s’est fait un avis : « Un centre oui, mais qu’on fasse en sorte de remettre les enrôleurs sur le droit chemin, plutôt que les victimes. »

(*) Des ateliers au centre équestre figuraient parmi les activités proposées.

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Repères

> 13 septembre. Ouverture officielle du centre de déradicalisation de Pontourny. Il s’agit de la première structure du genre en France. Expérimentale, elle doit servir de test avant le déploiement d’un établissement similaire par région.

> 27 septembre. La présence à Pontourny de David, un homme de 23 ans originaire d’Arras (Pas-de-Calais), est dévoilée. Son tort ? Il est fiché S. Suspecté de velléités de départ vers la Syrie, il fait l’objet d’une condamnation pour violence. Il doit quitter le centre.

> 17 janvier. Mustafa Savas, pensionnaire de Pontourny, est arrêté lors d’un coup de filet antiterroriste dans le Bas-Rhin. Il est suspecté d’être proche de la filière djihadiste de Strasbourg, où il aurait côtoyé un des kamikazes du Bataclan.

> 9 février. Le dernier « volontaire » de Pontourny quitte la Touraine, condamné par la justice à quatre mois de prison avec sursis pour « violences et apologie du terrorisme » (lire en page 38).

Julien Coquet

source :
10/02/2017 05:46

http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loire/Actualite/Faits-divers-justice/n/Contenus/Articles/2017/02/10/Pontourny-On-m-a-un-peu-force-la-main-2998239