Fondés en 1952 aux Etats-Unis par l’écrivain de science-fiction L. Ron Hubbard, les principes de la Scientologie encadrent la nature de l’être humain et sa place dans l’Univers. Selon les scientologues, qui seraient au nombre de 12 millions à travers 165 pays, l’humain est immortel mais a oublié sa vraie nature. Pour réparer ce dommage, l’Eglise propose des solutions pratiques et comportementales à ses membres.

Actuellement, la Scientologie est globalement reconnue comme une nouvelle religion qui a émergé au 20e siècle. Mais dans certains pays, elle a mauvaise presse et est particulièrement controversée, notamment en raisons de pratiques de lavage de cerveau, de fraude ou d’escroquerie dont elle est souvent accusée. Un faisceau d’accusations qui auront valu à l’Eglise de Scientologie d’être qualifiée de secte dans certains Etats, notamment en Belgique.

De nobles desseins?
En surface, la Scientologie semble défendre des principes lisses: « Une civilisation sans folie ni criminel ni guerre », lit-on dans ses écrits. Dans le monde idéal selon eux, les « capables prospèrent » et les « honnêtes gens ont des droits ». Pour arriver à ce monde de grâce, l’Eglise incite l’individu à travailler son statut spirituel et aider les autres pour changer la société. C’est via les Eglises de Scientologie que cette entraide s’organise via des programmes et activités.

Rejet de l’homosexualité
Si elle veut lutter contre la drogue, le crime et l’intolérance, la Scientologie reste en porte-à-faux avec ses pratiques concrètes, dénoncées par une foule d’anciens membres qui se présentent aujourd’hui comme des victimes, et sa prise de position sur l’homosexualité notamment, qu’elle décrit comme une perversion sexuelle, une maladie. L’Eglise motive cette exclusion de l’homosexualité comme une suite logique des huit dynamiques qu’elle suit. Parmi ces huit préceptes essentiels, le second définit l’acte sexuel comme un acte de survie, un acte reproducteur dans le cadre de la famille.

En suivant les huit principes fondamentaux de sa « religion » (représentés dans les huit bras du symbole de la Scientologie), l’adepte atteint une existence élevée, améliore sa vie, celle de sa famille et, par extension de la communauté scientologue et ses actions, celle de toute la société.

Secte ou pas secte?
Mais derrière le visage de la Scientologie, dont des Tom Cruise et des John Travolta sont les visages les plus connus, se cachent des manoeuvres douteuses qui s’apparentent pour d’aucuns à de la manipulation et de l’extorsion. En Belgique comme en France, ce culte – qui se définit lui-même comme une religion – est largement associé à une secte mais n’est pas légalement reconnu comme tel. Chez nous, son caractère sectaire est pourtant apparu à de nombreuses reprises dans des travaux parlementaires depuis 1997.

En 2013, le quotidien flamand De Morgen avait révélé l’existence d’une enquête de la Sûreté de l’Etat sur des liens entre la classe politique belge et l’Eglise de Scientologie.

Extorsion, faux, pratique illégale de la médecine: les chefs d’accusation belges
La Scientololgie a toujours profité, en France comme en Belgique mais également dans d’autres Etats européens, du flou juridique et se cache derrière diverses associations à but non lucratif. Souvent poursuivie dans diverses affaires pour escroquerie, c’est toutefois la première fois qu’un procès a lieu en Belgique. Dans le cas qui nous occupe, onze membres et anciens membres de l’Eglise de Scientologie belge (qui ne concerne pas plus de 1.000 membres) ainsi que l’asbl Eglise Scientologie Belgique et l’asbl Eglise Scientologique Europe, sont prévenues devant le tribunal correctionnel de Bruxelles notamment de faits d’extorsion, de faux et de pratique illégale de la médecine.

Traitements fallacieux et fausses offres d’emploi
L’affaire n’a pas été portée devant les tribunaux du jour au lendemain, elle est le fruit d’une instruction longue de vingt ans. A la base du dossier, des plaintes émanant d’anciens membres. L’association avait ensuite été suspectée d’organisation criminelle, d’escroqueries, de pratique illégale de la médecine et de non-respect de la législation sur la protection de la vie privée. Le dossier à charge s’est donc lentement gonflé de nouvelles preuves, de nouveaux témoins, pour en arriver au procès en cours depuis ce matin.

La pratique illégale de la médecine concerne un programme de purification auquel sont soumis les nouveaux adhérents à la scientologie qui comprend la prise de bains de vapeur et l’ingestion de compléments alimentaires spécifiques. Ce sont ces derniers qui ont été jugés potentiellement dangereux par des médecins experts.

Mille à deux mille euros par purification
« Nous avons ce qu’on appelle le ‘pont vers la liberté totale’. C’est un chemin progressif pour devenir meilleur et c’est pourquoi nous suivons, entre autres, un programme de purification », a expliqué lundi devant la cour l’un des prévenus qui a présidé l’asbl Eglise Scientologie Belgique de 2000 à 2001. « Ce programme implique des séances de sauna, beaucoup de sommeil, de la course à pied, une alimentation saine et la prise de compléments alimentaires », a-t-il dit.

« Il dure une dizaine de jours et coûte entre mille et deux mille euros », a précisé le prévenu, interrogé par le président du tribunal, Yves Régimont. Le juge l’a encore questionné sur les conséquences physiques néfastes que certains ont dit avoir ressenties après l’ingestion de ces compléments alimentaires.

« J’ai senti mon anesthésie ressortir »
« Je peux vous parler de mon expérience », a répondu le prévenu. « J’avais subi des anesthésies à l’adolescence pour des opérations dentaires et lors de cette cure j’ai vraiment ressenti les produits de l’anesthésie ressortir », a témoigné le prévenu, rejetant la prévention de pratique illégale de la médecine. Ce dernier a encore affirmé avoir investi une somme de quinze mille euros pour ses cours à l’Eglise et avoir fait don d’une somme de quarante mille dollars à l’association internationale des scientologues (IAS).

Une deuxième enquête avait ensuite été ouverte sur la base d’une plainte d’Actiris, l’office régional bruxellois de l’Emploi. L’Eglise de scientologie avait alors été soupçonnée d’avoir publié de fausses offres d’emploi. C’est de ces préventions que l’Eglise et certains de ses membres doivent répondre depuis ce matin devant le tribunal.

D’apparence, rien qui puisse apparaître à la une d’un reportage à sensation, comme la Scientologie en a de nombreuses fois fait l’objet à la télévision. Mais le but du procès belge est justement de mettre en lumière les agissements cachés de celle qui se présente comme une Eglise prônant l’honnêteté et la non-violence.

« Entrave à la liberté de culte »
Pour sa part, l’Eglise de scientologie a par avance déclaré, jeudi, via son porte-parole Eric Roux, qu’elle rejetait toutes les charges qui pesait sur elle, en fait et en droit. « Il y a clairement au travers de ce procès une volonté de détruire la croyance des scientologues. Mais on n’est pas parfait et il y a peut-être eu des erreurs commises par certains de nos membres. Toutefois, pas au point que cela soit traité en justice », a affirmé Eric Roux.

« Vouloir faire porter la casquette d’organisation criminelle à l’Eglise de scientologie qui est reconnue dans de nombreux autres pays comme une religion, c’est une entrave à la liberté de culte », a-t-il déclaré.

Lire aussi
Scientologie: le « programme de purification » coûte entre 1.000 et 2.000 euros
Le procès de l’Église de Scientologie s’est ouvert à Bruxelles

source : 7X7.be
Vendredi 13 novembre 2015 – 9h37:38