Les attentats du 11 septembre ont-ils été commandités par les Américains ? Les frères Kouachi sont-ils réellement les tueurs de Charlie Hebdo ? Le petit Aylan a-t-il vraiment été retrouvé noyé sur une plage grecque ? Chaque nouvel événement dramatique voit émerger de nouvelles théories du complot, qui fleurissent sur internet. Principaux touchés ? Les jeunes, exposés à des milliers de messages, images ou vidéos de sources aussi diverses que difficilement identifiables.

· {{ De quelles théories s’agit-il ?}}

En règle générale, les théories du complot désignent un groupe d’individus (les templiers, les juifs, les illuminati, les sorcières, les Tutsi au Rwanda…) comme porteurs d’un projet de domination : maintenir l’ordre établi, prendre le pouvoir sur un autre groupe ou encore créer des réseaux d’influence pour s’assurer les meilleures opportunités. Ces « groupuscules » seraient la cause de nombreux drames que connaît le monde : attentats, guerres…

Selon Rudy Reichstadt, fondateur de l’Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot, le complotisme « tord la réalité dans le sens des intérêts (de celui qui l’élabore) » et « inverse la charge de la preuve » : lorsqu’on remet ces théories en cause, celui qui y adhère demande que l’on prouve que ce qu’il avance est faux.

{{La rédaction vous conseille

· Théories du complot : quand le Net s’enflamme}}

{{« Charlie Hebdo » : ces jeunes qui soutiennent… par francetvinfo}}

· {{Pourquoi les jeunes sont-ils les plus touchés ?}}

Selon le ministère de l’Éducation nationale, un jeune sur cinq adhérerait à la théorie du complot en France. Un chiffre particulièrement mis en lumière au lendemain des attentats qui ont ensanglanté Paris et sa banlieue en janvier et novembre dernier.

Rudy Reichstadt confirme : les jeunes âgés de 15 à 30 ans forment la tranche d’âge qui adhère le plus aux thèses complotistes, notamment à cause de leur omniprésence sur internet.

{{Interrogé par le Figaro, il précise}} :

« Sur internet, les thèses conspirationnistes s’y répandent. Les ados ont toujours été fascinés par les trucs mystérieux, ésotériques, les bouquins sur les templiers. Mais auparavant, il fallait s’y intéresser, acheter ces livres… »

Or, contrairement aux adultes, une fois qu’ils ont intégré un discours complotiste, les plus jeunes ont bien du mal à s’en défaire.

« La pratique du doute chez les jeunes n’est pas méthodique car ces derniers n’ont pas encore développé assez de faculté critique pour douter avec méthode »

Le désir de transgression propre à l’adolescence et une certaine forme de paresse intellectuelle font le reste, appuyés par le sentiment de désabusement qu’engendre la situation de crise économique et sociétale actuelle.

{{
Complot ou théorie du complot ? Petite… par gouvernementFR

· Comment les protéger ?
}}
Le conspirationnisme s’invite très souvent dans les salles de classe. Les enseignants « alertent depuis plusieurs années sur le fait qu’ils sont confrontés » à ce phénomène, indique Rudy Reichstadt.

« On est des enseignants, on a donc une responsabilité » vis-à-vis des élèves, qu’il faut « accompagner », a estimé Ronan Cherel, professeur d’histoire-géographie. Après l’attentat contre Charlie Hebdo, il avait été surpris d’entendre les mêmes arguments sur un complot judéo-maçonnique cités par ses élèves de collège et des prisonniers devant lesquels il intervient.

Il a essayé successivement plusieurs approches : tenter de démonter argument par argument, créer avec les élèves un complot fictif, placer les collégiens en posture de journalistes créant un média…

Mais à l’arrivée, il ne penche pas pour une « approche frontale », car « c’est extrêmement fatiguant de se battre contre des arguments les uns après les autres. C’est sans fin », explique-t-il.

« Les élèves peuvent donner plus d’infos que le prof, c’est très dangereux », abonde Lionel Vighier, qui en tant que professeur de lettres ne se sent « pas armé pour démonter une théorie du complot ». En revanche, « là où je peux servir, c’est sur la rhétorique ».

{{Petite méthode pour démonter une théorie du… par Europe1fr}}

Il a ainsi décortiqué avec ses élèves des procédés récurrents des complotistes : la dénonciation d’un groupe, des indices avancés comme preuves, des événements successifs présentés comme forcément liés… Ses élèves ont ensuite produit des vidéos reprenant des codes des complotistes, comme une musique anxiogène, des couleurs sombres ou le leitmotiv « Coïncidence ? Non, je ne crois pas ».

Pour Sophie Mazet, professeur d’anglais, le déclic est parti de l’incapacité de ses élèves à identifier comme parodiques des articles de l’équivalent américain du Gorafi, The Onion, y compris un discours d’Obama se concluant par « Fuck You ». Elle organise maintenant dans son établissement des cours facultatifs d’autodéfense intellectuelle.

De son côté, le ministère de l’Éducation nationale a organisé une grande journée de débats avec les enseignants, qui doit servir de base à des ressources pédagogiques. Un appel à projets sera lancé pour faire remonter les initiatives déjà lancées par des professeurs, pour les faire connaître.

source ;
http://www.sudouest.fr/2016/02/09/pourquoi-la-theorie-du-complot-plait-tant-aux-jeunes-2268858-4699.php