Jeudi 20 mars par Serge Faubert

De loin, ça impressionne son homme. Vingt-sept personnalités – ou supposées telles – qui viennent vanter dans une vidéo, diffusée sur You Tube et le tout nouveau site internet de la scientologie les bienfaits de l’enseignement de son fondateur, Ron Hubbard. Des titres longs comme le bras : conseiller pour les droits de l’homme du ministère des affaires étrangères des Pays-Bas ; Vice-consul de la République dominicaine ; Directeur du centre social des études sociologiques de Mexico ; Directeur de la télévision népalaise ; Haut commissaire du Royaume uni au Libéria…

Certes, question renommée, ce n’est pas Tom Cruise ou John Travolta. Mais ces témoins de moralité respirent le sérieux et la reconnaissance sociale. Ils portent beau le costume et manient à la perfection l’anglais, en conservant toutefois, un léger accent d’origine, gage certain d’authenticité.

Bref, cette vidéo est d’abord un cri d’amour venu des cinq continents, une communion universelle. Déjà la larme taquine le coin de l’œil. Il faudrait avoir un coeur de pierre pour ne pas percevoir, à cet instant, la noblesse du message de la scientologie.

Même en France, le pays de Voltaire et de la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, il se trouve des hommes courageux pour prendre la défense de Ron Hubbard, ce philanthrope injustement décrié. Ainsi cet intervenant, au début de la deuxième minute du document, que l’incrustation présente comme un « membre du cabinet du maire de Marseille ».

{{Gaudin élu grâce à la Scientologie ?}}

Que nous dit-il cet homme généreux prêt à encaisser toutes les railleries en raison de sa foi ? De fortes paroles : « Le principal combat de l’homme n’est pas pour lui, mais pour l’autre, pour l’humanité. Sur ce chemin, nous trouverons la paix, la liberté et le respect. ». Beau comme de l’antique.

Un membre du cabinet du maire de Marseille ? Un collaborateur de Jean-Claude Gaudin donc. Diable, serait-ce là le secret de la réélection de l’édile, dimanche dernier. Les pouvoirs quasi surnaturels que la scientologie promet à ses adeptes seraient-ils à même de terrasser les socialistes ? L’affaire mérite qu’on s’y arrête. L’UMP tient là, peut-être, la clé de ses victoires futures. Qu’on y songe : en 2004, Nicolas Sarkozy recevait Tom Cruise à Bercy. Trois ans plus tard, il était élu !

N’y tenant plus, Bakchich a donc tout bonnement appelé une des responsables de la communication de Jean-Claude Gaudin. La face de la politique française allait changer…

Bien que passablement surmenée, – nous étions à quelques jours du second tour des municipales – l’attachée de presse nous a répondu dans l’heure. Et là, tout à coup, le monde s’est effondré. Adieu veau, vaches, cochons…et bulletins de votes. Il n’y avait pas plus de scientologue déclaré à la mairie de Marseille que de beurre en branche. Le quidam de la vidéo était parfaitement inconnu de l’équipe municipale. Et notre responsable de la communication de nous préciser, dans sa réponse, que « ce document est donc un faux que nous venons de transmettre au cabinet du Maire en vue d’une éventuelle action de notre part. » Oh les vilains mots !

Bien sûr, nous aurions dû nous montrer plus sourcilleux. Notre usurpateur, malgré son léger accent français, ne paraissait-il pas sortir davantage d’une série américaine que d’un roman de Pagnol ou d’un bistrot de la Canebière ? Surtout, un détail aurait du nous alerter, mais notre bon cœur nous rend parfois aveugles. Aucun des 27 intervenants ne donne son nom. Juste des titres ronflants. L’argument d’autorité…
Pendant ce temps là au conseil des ministres européens…

Cependant, Bakchich ne pouvait se résoudre à croire que les gentils scientologues se soient livrés à un gros, mais alors très gros, bidonnage. Et s’il y avait eu une erreur technique ? Une petite main, là-bas aux Etats-Unis, qui se trompe dans une incrustation à l’image. Cela arrive, parfois, dans les journaux télévisés…

Bakchich a donc repris son téléphone et son mail pour s’assurer de la réalité d’un second témoignage. Celui de l’intervenant se réclamant du Conseil des communautés européennes de Bruxelles. Il apparaît à la 53 ème seconde, juste avant notre Marseillais d’opérette.

Premier problème : le Conseil des communautés européennes a changé de nom depuis belle lurette ! L’institution s’appelle désormais Conseil de l’Union européenne. Un organe important. Ce n’est ni plus ni moins que le conseil des ministres de l’Union européenne.

Sollicité par nos soins, le service de presse nous a adressé la réponse suivante : « Nous avons visionné la vidéo mentionnée dans votre courriel. Cela ne nous évoque rien, le nom de l’institution « Conseil des communautés européennes » ne correspond à aucune institution de l’Union européenne. Cette vidéo dans laquelle ne figure aucun nom des intervenants ne nous semble pas convaincante. »

C’est aussi notre avis. Mais Bakchich rechigne à salir ce qui est beau. Et donc, dans une ultime tentative, nous nous adressons, cette fois, au service de communication du Parlement européen. Peut-être les gentils scientologues, peu rompus aux institutions de notre continent se seront mélangés les pinceaux.

Hélas, mille fois hélas, le directeur des médias du Parlement européen, Jaume Duch, est formel « Après avoir regardé de façon attentive la vidéo que vous nous avez signalée, je peux vous confirmer qu’aucune des personnes rendant témoignage ne travaillent ou appartiennent au Parlement européen. »
Du bon, du beau, du bobard !

La cause est entendue. Cette vidéo n’est qu’une énorme manipulation. Un bobard éhonté. Mais pourquoi les coeurs purs de la scientologie recourent-ils à de pareils procédés ? Auraient-ils un double langage ? On est déçu. Vraiment. Mais pas trop surpris quand même…

Et les autres intervenants de la vidéo ? Il en reste 25. Bakchich a lancé ses filets un peu partout. Hélas, les réponses tardent à remonter. Mais par la magie du net, peut-être se trouvera-t-il quelqu’un au Népal, par exemple, pour nous dire si le directeur de la télévision nationale est bien la personne qui s’exprime dans la vidéo sous cet intitulé. Ou, aux Philippines, pour vérifier que la personne qui se présente comme un collaborateur du gouvernement a bien cette qualité. Toi aussi, ami lecteur, démasque à ton tour un vulgaire figurant de la scientologie derrière l’honorable VIP en train de faire la retape de la secte…

Quelque chose nous dit, une légère intuition, que l’on pourrait découvrir que ces sommités inconnues sont toutes de joyeux comédiens. La sciento, c’est du cinéma !

http://www.bakchich.info/article3073.html