En 1941, après une inspiration divine, Marcial Maciel, prêtre mexicain mort le 30 janvier 2008, fonde la Légion du Christ. Le but affiché de cette organisation est de soutenir l’Église catholique dans l’évangélisation de la vie quotidienne des fidèles. Au service du Saint-Siège, les légionnaires ont depuis lors essaimé sur les cinq continents. Aujourd’hui, fort de 70 000 membres laïcs (le Regnum Christi) et d’un millier de prêtres, d’une présence dans les universités et de son influence au Vatican, le mouvement est devenu l’un des principaux piliers de la papauté. De Pie XII à Benoît XVI, les papes successifs lui ont accordé confiance et aide, faisant de la Légion une armée en ordre de marche au service de la « nouvelle évangélisation ».
La face sombre

Une montée en puissance d’autant plus étrange que le père Maciel fut très vite accusé d’actes délictueux d’une extrême gravité : abus sexuels sur mineurs, toxicomanie, etc. Une première dénonciation fut suivie d’une enquête à la fin des années 50. En vain. Pendant plus d’un demi-siècle, ce fondateur va donc mener une double vie et organiser une véritable omerta quant à ses déviances et délits. Jean-Paul II lui accorde même son amitié au nom de leur lutte commune contre le communisme. Enfin, les scandales s’accumulant, Benoît XVI lui demandera de se retirer.

Quant au pape François, il a élevé l’été dernier le père Fernando Vérgez Alzaga, légionnaire du Christ, à l’ordre épiscopal et l’a nommé secrétaire du gouvernorat de l’Etat de la cité du Vatican. Poste important pour un homme qui est déjà à la direction des télécommunications du Saint-Siège. Quel sens donner à cette nomination ? On peut s’interroger, surtout après la lecture du livre-témoignage, paru en septembre, de Xavier Léger, lui-même ancien légionnaire du Christ.

Un livre courageux

Au fil des pages, l’auteur démonte les mécanismes de captation puis d’emprise qu’il a subis au cours de ses sept années au service de l’organisation. Outre la coupure avec le passé, avec sa famille et son univers habituel, il raconte l’emploi du temps démentiel n’accordant pas une minute de répit entre 5 heures 30 et 22 heures ; les manipulations mentales transformant le futur légionnaire en admirateur hébété de Nuestro Padre (le père Maciel), la surveillance et la censure des supérieurs, autorisés à ouvrir le courrier, les règlements intérieurs infantilisant, comme la coiffure avec la raie à droite, ou la façon de monter et descendre les escaliers…

On découvre ainsi une société rigoureusement fermée, extrêmement hiérarchisée, autoritaire, centrée autour du culte du fondateur et de ses écrits. Au sein de la Légion du Christ, la liberté de conscience est inexistante, la culpabilisation permanente, et une vision manichéenne du monde qui implique la présence permanente du diable et du mal et la nostalgie d’un hypothétique âge d’or de la chrétienté. Le reste n’est que décadence.

A lire Xavier Léger, le terme de spiritualité est peu adapté pour rendre compte du vécu légionnaire, on découvre plutôt un ensemble de règles et d’examens pratiques qui visent à en faire un soldat obéissant et efficace dans son combat contre le changement, contre ce que Pie X avait baptisé du terme de « modernisme » pour qualifier un monde en perdition.

Une secte en bonne et due forme

L’organisation pèse aujourd’hui autour de 20 milliards de dollars. Un trésor accumulé grâce aux méthodes du père Maciel : proximité avec les milieux financiers, collusion avec tous les régimes politiques, captations d’héritages, abus de faiblesse, etc. En France, l’association « Génération Entreprise » et son leader, le père Rafael, aujourd’hui défroqué et exilé en Argentine, reste un triste exemple des capacités manipulatrices de ces religieux. Et, constate l’ex-légionnaire, rares furent les prélats (nord-américains ou français) qui ont osé interdire la présence légionnaire dans leur diocèse. Il va même plus loin dans son interrogation critique. Pour lui, le Vatican a couvert les dérives de cette organisation et de son leader charismatique. Certes, Benoit XVI a bien demandé au père Maciel de se retirer dans la solitude, mais il ne fut guère obéi et souligne Xavier Léger, le pape n’osera jamais engager un procès ecclésiastique à son encontre.

Aujourd’hui, une question demeure : que va faire le pape François de cette puissante armée? Une partie de la réponse se trouvera peut-être au cours du chapitre général des Légionnaires du Christ qui doit se tenir à Rome en janvier 2014. Le lanceur d’alerte qu’est, à sa façon, Xavier Léger, demande aux chrétiens, via ce livre, de suivre attentivement l’évolution de ce qu’il n’hésite pas à appeler une secte au cœur de l’Église.

source Patrick Sbalchiero | le 24.10.2013

http://www.fait-religieux.com/culture/livres/2013/10/24/un-livre-temoignage-sur-les-legionnaires-du-christ