Faut-il un DU, un diplôme universitaire, pour ajouter une pierre à la lutte contre les dérives sectaires et les risques de manipulation mentale ? Daniel Picotin en est convaincu. Cet avocat bordelais est devenu en quinze ans l’un des experts des dérives sectaires en France.

Ce professionnel du droit se fait aujourd’hui le promoteur d’une nouvelle formation universitaire sanctionnée par un diplôme « Psychopathologie et Droit des dérives sectaires » en deux ans de cursus à bac +3. C’est à Lille, et ça commence à la rentrée prochaine. « L’enseignement dispensé de propose d’analyser grâce à plusieurs disciplines les thèmes de la montée et de l’expression du péril sectaire », détaille l’avocat.

Prise en charge médicale et sociale

« Il faut apprendre à connaitre les mécanismes du fonctionnement des processus sectaires, les ressorts psychiques de l’emprise, définir aussi le cadre des interventions possibles pour les actions de prévention et acquérir des compétences pour la prise en charge médicale, psychologique, sociale, juridique des victimes. » La formation sur deux ans n’oublie pas internet, idéal pour le recrutement. Elle est ouverte aux policiers, gendarmes, éducateurs, psychologiques, surveillants de prison, avocats…

Une loi couvre déjà la manipulation mentale, par un délit. Le législateur a ouvert la porte en 2001 par un texte de loi dite « loi About-Picard » qui dessine l’abus de faiblesse. « La loi est là. Soit on l’améliore par la loi elle-même, soit elle est améliorée par la jurisprudence. » Depuis 15 ans, Picotin et les associations alimentent les textes législatifs par l’expérience, et les dossiers judiciaires jugés ou en cours.

Ariège et Lot-et-Garonne

En Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine, le droit pénal a par exemple sanctionné les agissements de Robert Le Dinh, « chef spirituel » d’un groupe d’adeptes en Lot-et-Garonne puis en Ariège. Robert Le Dinh, condamné en 2012 en appel à 10 ans de prison pour agression sexuelle sur deux mineures par la cour d’assises de la Haute-Garonne.

Dans la rocambolesque affaire judiciaire dite des « Reclus de Monflanquin », une famille s’est emmurée dans le silence en Lot-et-Garonne puis en Angleterre de 2000 à 2009 avant d’être exfiltrée. Les deux hommes auteurs de cette manipulation mentale ont été condamnés à de la prison ferme en 2013. Dix ans pour le chef d’orchestre de cette manipulation mentale à l’échelle d’un groupe. Le Dinh et les « Reclus », deux affaires attestant que la frontière entre dérive sectaire, escroquerie et violences est mince.

« Le phénomène sectaire explose »

Dans la liste de l’équipe pédagogique, Monique Lauret. Cette psychiatre toulousaine tire le signal d’alarme. « Le phénomène sectaire explose en France(…) Par certains aspects, la radicalisation peut d’ailleurs relever de la manipulation mentale et cette formation vise surtout deux buts, permettre d’identifier les ressorts psychopathologiques et repérer les interventions possibles a posteriori mais aussi dans le domaine de la prévention. »

Il reste que la manipulation mentale  concerne l’individu, rarement un groupe. « Il existe toutefois un schéma général d’intervention », détaille le docteur Lauret. « Une victime développe une pseudo-réalité, et la première étape est une phase de réveil et de retour à son identité. » Le retour sur terre prend du temps. Un des membres de la famille des « Reclus de Monflanquin » expliquait courant 2017 qu’elle ne parvenait pas à gommer les images de cet enfermement, près de dix ans après.

 

source :STÉPHANE BERSAUTER

https://www.ladepeche.fr/article/2018/04/05/2774098-formation-universitaire-creee-apprendre-lutter-contre-sectes.html